samedi 20 janvier 2018

Escapades en Roumanie: Brașov et Prejmer (guide Michelin)

Article publié le 19/01/2018 sur lepetitjournal.com
Vue aérienne du centre de Brașov

Pour bien commencer la nouvelle année, nous vous proposons une escapade dans un bourg saxon impressionnant, qui garde la trace de son histoire allemande et représente un carrefour de styles architecturaux et de croyances, preuve de l’histoire tumultueuse de ce territoire. Direction donc Brasov, "la ville de la Couronne" et Prejmer, le Village "aux Mille sources".


La ville de Brașov (en allemand Kronstadt, faisant référence à la vieille citadelle Corona) est une escapade idéale pour les amateurs de cuisine traditionnelle, de festivals et des randonnées en montagne. La ville est située en bas de la montagne Tâmpa, et vous offre deux perspectives : la première, industrielle, avec la périphérie et ses bâtiments modernes, et une autre médiévale, avec le centre historique qui garde encore les traces de la forteresse d’autrefois. Attestée en 1235, la ville a été reconnue pour la première fois comme siège des chevaliers de l’Ordre Teutonique qui ont été déployés ici par le roi d’Hongrie András II, afin de lutter contre les Coumans ; or les découvertes archéologiques relèvent que le territoire était habité depuis la période néolithique.

Comme point de départ pour l’exploration du centre historique de la ville, nous vous suggérons la Place du Conseil (Piața Sfatului) [B1-2], place à laquelle vous pourrez accéder par la rue George Barițiu [A2], et autour de laquelle vous trouverez les principaux points d’intérêt, ainsi que de belles maisons alignées les unes à côté des autres. Le bâtiment qui domine la place est la Maison du Conseil (Casa Sfatului) [B2] bâtie au 13ème siècle et qui abrite aujourd’hui le Musée d’Histoire. À proximité se trouve l’Eglise Noire (Biserica Neagră) [A2], dont la construction a commencé en 1383. Initialement, elle appartenait au culte roman-catholique, l’église accueille depuis le 16ème siècle le culte évangélique-luthérien. Elle représente un symbole du style architectural gothique en Roumanie, mais comprend aussi des éléments baroques, comme La Grande Orgue Buchholz de 1839, avec ses 3.993 tubes. Son nom tire ses origines du grand incendie de 1689 qui a noirci ses murs. Vis-à-vis de la cathédrale vous trouverez l’Eglise de la Sainte Trinité [A2] aménagée en 1787 dans une maison de style baroque, appartenant au culte orthodoxe.

L'Eglise Noire

La Place du Conseil


De la Place du Conseil, en prenant la rue Apollonia Hrischer [B2] vous arriverez à la Maison des Marchands ou à la Maison Hrischer (Casa Negustorilor) [B2] du 16ème siècle. En suivant la rue, tournez à droite sur la rue Poarta Şchei [AB2], et sur sa partie gauche vous allez repérer la Rue de la Corde (Strada Sforii) [AB2], l’une des plus étroites rues d’Europe, qui relie la rue Poarta Şchei avec la rue Cerbului, et qui a été construite comme rue d’accès pour les pompiers.

Le vieux centre de la ville garde aussi quelques vestiges des remparts et quelques portes d’accès de la forteresse médiévale. Si vous prenez la rue Derrière les Murs (strada După Ziduri) [A1-2] vous allez plonger dans l'époque médiévale, vous pourrez longer les murs de défense et admirer les bastions qui protégeaient ses habitants, aux 15ème et 16ème siècles, puis monter jusqu'à la Tour Blanche [A1] ou à la Tour Noire [A2] (Turnul Alb et Turnul Negru). Les murs de défense comptaient autrefois sept bastions réservés traditionnellement à des guildes d’ouvriers, dont seulement une partie reste encore visible aux touristes : le Bastion Graft [A1], le Bastion des Forgerons (Bastionul Fierarilor) et le Bastion des Tisserands (Bastionul Ţesătorilor) [B2]. 

Dans la partie Sud-Ouest de la ville, en dehors de la ceinture de fortification, vous pouvez continuer l’exploration de Brașov avec une visite dans le quartier de Șchei [A2]. Le quartier était habité autrefois par des Roumains (la majorité appartenant au culte orthodoxe ou chrétien de culte slavon), alors que le vieux centre était destiné aux Saxons (dont la majorité était de culte catholique et protestant). En ce temps, les Roumains, résidents de ce quartier, avec de petites maisons construites le long de ruelles étroites, n’avaient pas le droit d’entrer dans la ville qu'à certains intervalles de temps, et ils devaient payer des taxes pour vendre leurs produits dans le marché central.

L'accès dans le quartier se fait par la Porte de Şchei (Poarta Şchei) [A2] ou par la Porte Catherine (Poarta Ecaterina) [A2] qui remonte à 1559 et est la seule porte datant de la période médiévale conservée jusqu’à ce jour.

Le monument le plus important du quartier est l’Eglise « St. Nicolas » [A2] qui s’élève dans un domaine où existait déjà une église depuis 1292, mais le bâtiment actuel remonte aux 15ème-16ème siècles. Cette église était d'une importance particulière, étant considérée comme la cathédrale des Roumains du Pays de Bârsa (Ţara Bârsei: région historique autrefois située dans la dépression de Brașov). L'église a été soutenue et financée par les voïvodes de Ţara Românească et même par Elisabeth - impératrice de la Russie. Sur le côté Sud de l'église se trouve la tombe de Nicolae Titulescu, homme politique roumain qui a été, entre 1930-1932, le Président de la Société des Nations (précurseur à l'Organisation des Nations Unies).

Dans la même cour, vous allez trouver le Musée de la Première Ecole en Langue Roumaine [A2]. Les premiers cours en roumain existaient depuis 1583, mais ce bâtiment a été construit en 1760. L'exposition comprend des manuscrits et des livres en roumain, mais aussi une reconstitution d'une salle de classe de la période médiévale.

La visite du quartier Şchei de Brașov peut se poursuivre jusqu'à la Place de l'Union [A2], au milieu de laquelle trône une statue dédiée au Soldat Inconnu.

Enfin, si vous aimez les longues promenades à pied, vous pouvez aussi vous diriger vers la ruelle Tiberiu Brediceanu [B2], surnommée aussi la Promenade sous Tâmpa [B2], qui vous emmènera jusqu'à l’accès au téléphérique.

Eglise Notre - Dame

Bâtiment de la Banque Nationale de Roumanie (BNR)

Bâtiments et toitures




Le Village de Prejmer

Situé dans la région historique du Pays de Bârsa, la première mention du village de Prejmer, connu aussi sous le nom de Tartlau, date de 1240. Il semble que, étymologiquement, le nom roumain de Prejmer a des origines celtiques, signifiant « parmi les sources », d'où vient le surnom de cette localité: « le village aux mille sources ».

Le plus ancien bâtiment de Prejmer est l'Eglise de la Sainte Croix que vous pouvez trouver à l'intérieur de la forteresse (13ème siècle), et dont la construction a été commencée par les Chevaliers Teutoniques (venus au Pays de Bârsa en 1211). Après l'exil des chevaliers, la construction a été poursuivie par les moines cisterciens de Cârţa. En 1461, le clocher est élevé, et au 16ème siècle, le bras Ouest de l’Eglise est érigé dans le style gothique tardif. L'autel gothique polyptique avec ses deux ailes déplaçables, la chaire, les bancs et l'orgue (1803), sont des pièces précieuses et remarquables.

Afin de se défendre contre le danger ottoman, au début du 15ème siècle, de puissants systèmes de fortification ont été mis en place. La construction de la forteresse en anneau de Prejmer commence en 1427, avec l’élévation de murs solides ayant 14-16 mètres de hauteur. D'autres éléments ayant un rôle de défense ont été construits: le fossé d'eau, les quatre tours, les puits de pétrole et les trous de tir, les couloirs de garde, et une « orgue de la mort » - un système médiéval de défense qui jette plusieurs projectiles en même temps (comme les lanceurs Katiușa de la Seconde Guerre Mondiale). A l'intérieur de la pièce principale vous allez trouver des logements et des réserves (environ 275) avec des escaliers d'accès, des balcons et des galeries en bois. Celles-ci avaient le rôle de fournir un abri aux habitants en cas de danger.

Aujourd'hui, l'Eglise reste le lieu de rassemblement et de prière des fidèles saxons évangéliques-luthériens et organise en août des concerts de musique classique et sacrée.

Balcons d'habitations

Cour intérieure

Autel

Entrée

Vue d'ensemble

jeudi 18 janvier 2018

La culture néolithique de Cucuteni (Roumanie)

Article paru le 09/10/2017 sur le site de Radio România International


La culture néolithique de Cucuteni : son nom provient du village homonyme du département de Iaşi où les premières découvertes ont été faites en 1884. La culture de Cucuteni s'étendait sur 350.000 km² environ, sur le territoire actuel de la Roumanie, le nord de la République de Moldova et de l'Ukraine ; sa marque la plus importante est la céramique d'une qualité à part.

Constantin Preoteasa, chercheur au Musée de la culture de Cucuteni de Piatra Neamţ (est), a indiqué que les découvertes faites jusqu'à maintenant concernant les agglomérations des gens de cette culture se fondent sur l'observation de plusieurs couches de civilisation superposées.

Constantin Preoteasa: « Le sel a été un élément parmi beaucoup d'autres ressources qui a attiré les gens de cette culture ici. C'est justement grâce à cette diversité que nous avons cette superposition de sites dans les agglomérations de cette civilisation. A l'est, la situation est différente. Nous avons là les agglomérations dites géantes tripoliennes, selon l'appellation que leur donnent les Ukrainiens. Ce sont des sites avec une seule agglomération, mais elles sont de très grandes dimensions. Celle de Talianki, dans la région d'Uman, s'étend sur environ 500 ha, ce qui est énorme pour cette époque-là. Environ 2000 constructions ont été identifiées par des prospections géomagnétiques, pas par des fouilles archéologiques. Les constructions sont disposées d'après des plans préétablis, en 12 cercles concentriques. La population a été estimée à 20.000 habitants. Dans les agglomérations de la civilisation de Cucuteni, on ne rencontre pas seulement les logements qui abritaient les communautés humaines. On retrouve aussi des annexes, des ateliers spécialisés qui faisaient différents outils. Il y avait des maîtres artisans spécialisés tels que les céramistes qui ont réalisé les objets prestigieux réunis dans le musée. Et puis, il y avait les lieux de culte, les sanctuaires, probablement les plus importantes constructions de la civilisation de Cucuteni. »

L'art de Cucuteni contient deux éléments essentiels : le décoratif, présent sur les récipients peints, et le figuratif, avec des représentations anthropomorphes et zoomorphes, explique Constantin Preoteasa.

Constantin Preoteasa : « On distingue clairement deux périodes d'évolution dans l'art de Cucuteni. La première est comprise entre les années 5.000 et 4.000 avant notre ère, la seconde va de l'an 4.000 à l'an 3.500. La première période d'évolution artistique se caractérise par des récipients à pied, moins volumineux, élancés, avec des ornements divers, cannelures, incisions, ou autres, et surtout avec une peinture bichrome ou trichrome. Le « tricolore » de Cucuteni, appellation donnée par les spécialistes, met ensemble le blanc, le rouge et le noir, tandis que la bichromie est illustrée par des combinaisons de rouge et de blanc ou de noir et de blanc, jamais de rouge et de noir. Dans un premier temps, la peinture était posée après la cuisson des objets de poterie, c'est la technique appelée de la peinture crue, dont la plupart s'est effacée. Ensuite, la technique s'est raffinée et la peinture a été posée avant la cuisson, ce qui l'a pratiquement fixée sur la terre cuite. Et la qualité des objets est absolument exceptionnelle. »

Constantin Preoteasa décrit aussi la technique de fabrication de la poterie de Cucuteni : « Malgré nos outils modernes, les répliques de la poterie de Cucuteni, réalisées par des maîtres artisans, ont une qualité nettement inférieure à l'original. Les communautés humaines des époques historiques ultérieures n'ont plus jamais réussi à atteindre le niveau de raffinement artistique et technique des artisans de l'époque Cucuteni. Toutes les pièces d'excellence sont faites d'une pâte très fine et très dense, cuite de façon uniforme, ce qui explique le poids important même des récipients les plus petits. La cuisson avait lieu dans des fours à réverbère, où la flamme n'était pas appliquée directement aux récipients, qui étaient cuits à l'aide de courants d'air surchauffé en provenance du compartiment réservé au feu. Les températures pouvaient y atteindre les 900 degrés Celsius. Au début, on a produit aussi des récipients de couleur cendre et noire, moins résistants. Mais, en général, ils sont cuits avec beaucoup d'oxygène, ce qui leur a donné de très belles nuances de couleur, du jaune pâle jusqu'au brun. »

Les représentations spirituelles de gens de l'époque Cucuteni gravitaient autour de la numérologie, précise Constantin Preoteasa : « Le 12, mais aussi le 3, le 7, le 9, le 21, mais aussi le 4 et le 6 ne sont pas des fruits du hasard ; chacun a sa valeur symbolique, qui nous échappe aujourd'hui. La célèbre « ronde de Frumusica » est composée de 6 cariatides stylisées, vues de dos, en train de s'adonner à une ronde, à une danse rituelle. D'autres rondes, comme celle de Beresti, au département de Galati, mettent en scène seulement 4 cariatides. Chez certaines populations traditionnelles, il y a cette idée de l'existence de deux levers et deux couchers du soleil, et les points cardinaux ne sont plus 6, mais 4. Il existe des récipients - à couronne ou à colonnettes, comme celui qui constitue le logo de notre institution, qui ont 4 ornements. Sur les sites de culte, nous avons découvert 4 statuettes disposées en fonction des points cardinaux. »

La culture de Cucuteni est le sommet de l'art du Néolithique, et, en même temps, des croyances et des relations sociales qui gardent tout leur mystère. (Trad : Ligia Mihaiescu, lleana Taroi)






mercredi 17 janvier 2018

Roumanie : l'eurodéputée sociale-démocrate Viorica Dăncilă nommée Premier ministre

Article publié par Europe 1 le 17/01/2018 à 17h13.


L'eurodéputée remplace au poste de Premier ministre un autre social-démocrate, Mihai Tudose, deux jours après la démission de ce dernier.


Le président roumain de centre droit, Klaus Iohannis, a nommé mercredi l'eurodéputée Viorica Dăncilă au poste de Premier ministre, en remplacement de Mihai Tudose, acculé à la démission lundi par sa majorité de gauche.

"Après avoir pesé tous les arguments, j'ai décidé de donner une nouvelle chance aux sociaux-démocrates et de nommer la personne qu'ils ont proposée", a déclaré Klaus Iohannis à l'issue de consultations avec les partis politiques. Si elle obtient le vote du Parlement, Mme Dăncilă deviendra la première femme à diriger un gouvernement roumain, mais aussi le troisième Premier ministre en l'espace de sept mois, ses deux prédécesseurs ayant été éjectés par leur Parti social-démocrate (PSD).

Viorica Dăncilă, 54 ans, diplômée de l'Institut du pétrole et du gaz de Ploieşti, dans le sud du Pays, est considérée comme une proche de l'homme fort du PSD Liviu Dragnea, vainqueur des législatives de décembre 2016. Ce dernier, qui ne peut pas briguer ce poste en raison d'une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale avait fait nommer puis contraint à la démission les deux précédents Premiers ministres, Sorin Grindeanu et Mihai Tudose. 

Inconnue du grand public, Viorica Dăncilă s'est fait remarquer en février en défendant devant le Parlement européen une tentative controversée du gouvernement roumain d'assouplir le code pénal qui aurait permis à certains responsables convaincus de corruption d'échapper à des poursuites. Vivement critiqué par Bruxelles ce projet de loi avait été abandonné après avoir suscité une vague de contestation sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989.